Quel plan pour diriger Haïti au cours des deux à cinq prochaines années

*Quel plan pour diriger Haïti au cours des deux à cinq prochaines années*
Institutions, sécurité, justice, jeunesse, langue d’enseignement et développement dans les échanges avec Clarens Renois
*Wilsonn Telimo Lwi*
*Président d’ITIYAyiti | KÒTAKÒT pour une Haïti autonome*
*Article d’analyse politique et de recherche | octobre 2026*
*Résumé*
Cet article restitue et analyse les principales orientations défendues par Clarens Renois lors d’une conférence consacrée au plan dont Haïti aurait besoin au cours des deux à cinq prochaines années. Il accorde une attention particulière aux deux questions posées par Wilsonn Telimo Lwi, président d’ITIYAyiti : l’une porte sur les enseignements et les limites de la méthode sécuritaire associée au président salvadorien Nayib Bukele; l’autre sur le rôle de l’éducation en créole et de la formation professionnelle dans la prévention de la violence.
La position exposée par Clarens Renois forme une doctrine cohérente sur un point essentiel : la force ne peut pas, à elle seule, rétablir durablement la sécurité. Haïti doit reconstruire simultanément la police, la justice, l’administration, l’école, l’économie et les mécanismes de reddition de comptes.
Son refus de reproduire un modèle de chef tout-puissant est compatible avec l’État de droit. Sa réserve à l’égard du créole comme langue d’enseignement appelle toutefois une discussion critique. L’ouverture internationale d’Haïti n’exige pas l’exclusion de la langue comprise par la majorité; elle suppose plutôt une politique multilingue permettant d’apprendre d’abord efficacement, puis d’acquérir le français, l’anglais, l’espagnol ainsi que les langages scientifiques et techniques.
L’analyse conclut qu’un plan national crédible doit associer la sécurité publique, la justice indépendante, la prévention sociale, la formation professionnelle, l’enseignement multilingue fondé sur le créole, la participation de la diaspora, le développement territorial et l’évaluation publique des résultats.
*Introduction*
Le 5 octobre 2026, dans le cadre d’une émission du Mouvement de l’Amour pour Haïti consacrée au thème « Quel plan pour diriger Haïti dans les deux à cinq prochaines années? », Clarens Renois a présenté une réflexion sur la sécurité, les institutions, la justice, la jeunesse, l’économie, la Constitution, la diaspora et le dialogue national.
L’intérêt de son intervention tient moins à une liste de promesses qu’à la méthode proposée : remettre l’institution au centre de l’action publique et relier la sécurité aux causes sociales et politiques de la violence.
Les propos examinés ici proviennent de la transcription de cette rencontre et des précisions communiquées par Wilsonn Telimo Lwi au sujet de leurs échanges. Les formulations attribuées à Clarens Renois sont donc restituées comme des positions exprimées au cours de la conférence. Lorsqu’une phrase n’est pas une citation littérale vérifiée, elle est présentée comme une synthèse et non entre guillemets.
Cette précaution est importante. Un article de recherche ne doit ni embellir une intervention politique ni la réduire à une polémique. Il doit en dégager la logique, confronter ses affirmations aux normes et aux connaissances disponibles, puis identifier ce qui peut devenir une politique publique mesurable.
*1. Reconstruire les institutions avant de personnaliser le pouvoir*
La thèse directrice de Clarens Renois peut se résumer ainsi : les institutions doivent précéder les hommes providentiels.
L’histoire politique haïtienne a été marquée par des dirigeants qui ont prétendu résoudre seuls les crises, souvent au prix d’un affaiblissement supplémentaire des institutions. Une stratégie nationale ne peut donc pas reposer sur la puissance personnelle d’un chef, même lorsque la population réclame des résultats rapides.
Dans cette perspective, gouverner pendant deux à cinq ans signifierait d’abord rétablir une chaîne publique de responsabilité : une police capable d’agir légalement, un parquet en mesure d’enquêter, des tribunaux indépendants, une administration qui exécute les décisions, un Parlement ou des mécanismes de contrôle légitimes, et des citoyens capables d’obtenir des comptes rendus.
La crédibilité d’un gouvernement devrait être appréciée à partir d’indicateurs publics, notamment :
- la réduction des homicides et des enlèvements;
- la reprise des services publics;
- le traitement des dossiers judiciaires;
- la progression de la scolarisation;
- la création d’emplois;
- l’exécution transparente du budget national.
Cette approche institutionnaliste écarte l’idée selon laquelle l’urgence autoriserait toutes les méthodes. Une urgence durable, sans contrôle judiciaire, risque de devenir un mode permanent de gouvernement.
La sécurité doit protéger la démocratie et non la suspendre indéfiniment.
*1. La question de Wilsonn Telimo Lwi sur la méthode Bukele*
Wilsonn Telimo Lwi a demandé à Clarens Renois :
> « Vous dites qu’Haïti peut examiner la méthode Bukele, mais qu’elle ne doit pas la copier. Quels aspects de l’expérience salvadorienne Haïti peut-elle considérer et quels aspects doit-elle rejeter? »
Cette question oblige à dépasser les slogans. Elle distingue l’étude d’une expérience étrangère de sa reproduction mécanique.
Dans sa réponse, Clarens Renois a soutenu qu’Haïti pouvait observer les expériences du Salvador, du Burkina Faso ou d’autres pays, mais qu’elle ne devait pas les copier sans tenir compte de son histoire, de ses institutions et des traumatismes causés par les chefs tout-puissants.
Il a rejeté une logique selon laquelle un dirigeant pourrait faire arrêter, éliminer ou condamner des personnes sur le seul fondement d’un soupçon, sans justice indépendante et sans garanties procédurales.
Le noyau de sa réponse est que la sécurité doit progresser parallèlement à la restauration de la justice. La police et les autres forces publiques doivent être organisées, équipées, formées et déployées. Cependant, elles doivent rester soumises à la loi.
L’arrestation doit être fondée sur des éléments vérifiables. L’accusé doit pouvoir se défendre. Le juge doit être indépendant et la sanction doit résulter d’une procédure régulière.
Cette position est confortée par les préoccupations du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme quant aux détentions massives, aux risques de détention arbitraire et à l’affaiblissement des garanties d’un procès équitable au Salvador.
Reconnaître les résultats sécuritaires revendiqués par un gouvernement n’oblige pas à accepter la concentration du pouvoir ni la diminution des droits fondamentaux.
*1. Ce qu’Haïti peut étudier et ce qu’elle doit rejeter*
Haïti peut étudier la capacité d’un État à :
- fixer une priorité nationale;
- coordonner ses services;
- reprendre le contrôle territorial;
- améliorer le renseignement criminel;
- protéger les axes stratégiques;
- évaluer les résultats obtenus;
- accélérer la décision administrative;
- assurer la continuité d’un plan de sécurité.
Ces éléments ne sont pas, en eux-mêmes, autoritaires. Ils deviennent problématiques lorsqu’ils échappent au droit et au contrôle démocratique.
Haïti doit, en revanche, rejeter :
- les arrestations indifférenciées;
- la culpabilité par association;
- la détention prolongée sans contrôle effectif;
- les procès dépourvus de garanties;
- la déshumanisation des suspects;
- l’utilisation politique de la peur;
- la disparition des contre-pouvoirs;
- l’exercice arbitraire du pouvoir exécutif.
La leçon n’est donc pas « copier Bukele » ni « ignorer le Salvador ». Elle consiste à distinguer l’efficacité administrative des atteintes possibles à l’État de droit.
Une politique haïtienne peut être ferme, rapide et coordonnée tout en demeurant judiciaire, contrôlable et respectueuse de la dignité humaine.
*1. La force seule ne résoudra pas l’insécurité*
Dans sa dernière réponse à Wilsonn Telimo Lwi, Clarens Renois a précisé qu’il ne croyait pas que la seule force puisse résoudre le problème sécuritaire.
Même si des agents étaient placés à chaque carrefour de Port-au-Prince, a-t-il expliqué en substance, la criminalité et la délinquance ne disparaîtraient pas entièrement. Toutes les sociétés connaissent des infractions. La responsabilité de l’État est de les contenir, de les traiter légalement et d’agir sur les conditions qui les favorisent.
Il a distingué la délinquance individuelle, qui existe même dans des sociétés relativement prospères, de la criminalité haïtienne nourrie par plusieurs fractures :
- la pauvreté;
- l’abandon scolaire;
- le chômage;
- l’exclusion territoriale;
- l’analphabétisme;
- la manipulation des jeunes par des réseaux politiques et économiques;
- la faiblesse de la justice;
- la circulation incontrôlée des armes.
Pour illustrer cette dimension sociale, il a raconté sa rencontre avec un garçon d’environ onze ans à Cité Soleil, déjà exposé à la drogue et privé d’école.
Une intervention et un accompagnement auraient contribué à changer la trajectoire de cet enfant, devenu par la suite un adulte responsable et père de famille.
Cette anecdote ne constitue pas une preuve statistique. Elle donne toutefois un visage à l’idée que la prévention peut soustraire des jeunes au recrutement criminel.
La politique de sécurité proposée comprend donc au moins quatre composantes :
1. La répression légale des crimes;
2. La poursuite judiciaire des auteurs, des financiers, des conseillers et des bénéficiaires;
3. La prévention par l’éducation, l’emploi et l’inclusion;
4. La reconstruction de la confiance entre l’État et les quartiers marginalisés.
*5. De l’impunité des exécutants à la responsabilité des commanditaires*
Clarens Renois a insisté sur le fait que la justice ne doit pas se contenter de poursuivre les personnes armées visibles sur le terrain.
Elle doit également enquêter sur celles qui financent, conseillent, approvisionnent ou utilisent les groupes criminels à des fins économiques et politiques.
Sans cette extension de la responsabilité, l’État frappe les exécutants tout en laissant intacts les systèmes qui reproduisent la violence.
Les sanctions administratives prises par des États étrangers peuvent signaler des soupçons graves, mais elles ne remplacent ni une enquête haïtienne indépendante ni un jugement rendu sur la base de preuves contradictoirement débattues.
La lutte contre l’impunité doit donc éviter deux écueils :
- l’inaction à l’égard des personnes puissantes;
- la condamnation publique sans procédure régulière.
Une feuille de route crédible devrait :
- créer des équipes spécialisées dans le financement criminel;
- renforcer le contrôle des frontières et des ports;
- protéger les magistrats et les témoins;
- retracer la circulation des armes;
- saisir les avoirs conformément à la loi;
- publier des statistiques judiciaires;
- rendre compte publiquement des progrès accomplis.
La sécurité devient durable lorsque le risque judiciaire s’étend à toute la chaîne criminelle.
*6. Justice sociale et prévention de la violence*
La sécurité n’est pas seulement l’absence de groupes armés. Elle désigne également la possibilité d’aller à l’école, de travailler, de se déplacer, de recevoir des soins et de vivre sans dépendre d’un acteur violent.
Clarens Renois relie ainsi la criminalité à une société profondément inégalitaire qui laisse une partie de sa population derrière un « rideau » social et territorial.
Cette analyse ne disculpe pas les auteurs de crimes. Elle signifie que l’État doit intervenir avant, pendant et après l’infraction.
Avant l’infraction, il doit intervenir par :
- l’école;
- l’emploi;
- le sport;
- la culture;
- la santé mentale;
- la protection de l’enfance;
- l’encadrement communautaire.
Pendant l’infraction, il doit intervenir par une police professionnelle, légale et proportionnée.
Après l’infraction, il doit agir par :
- la justice;
- la réparation des victimes;
- la réinsertion, lorsque celle-ci est possible;
- le contrôle de la récidive.
Dans un pays où la majorité de la population est jeune, l’absence de perspectives transforme un potentiel de développement en un risque social.
La priorité accordée à la jeunesse doit donc se traduire par des politiques budgétées et territorialisées, et non par un discours cérémoniel.
*7. La question sur le créole et la formation professionnelle*
Wilsonn Telimo Lwi a également demandé :
> « Quel rôle pensez-vous que l’éducation en créole et la formation professionnelle pourraient jouer dans une stratégie de prévention de la violence? »
La question associait deux instruments : la langue, qui donne accès au savoir, et la formation, qui donne accès à une activité économique.
Selon le compte rendu communiqué par Wilsonn Telimo Lwi, Clarens Renois a répondu que le créole ne constituait pas une priorité du développement national, au motif qu’Haïti est une île et qu’elle est le seul pays dont la population parle cette langue.
Il aurait ajouté que le créole ne devrait pas devenir la langue d’instruction, car une telle orientation risquerait de fermer ou de réduire les relations d’Haïti avec l’étranger.
Cette formulation est ici rapportée comme une synthèse de sa réponse et non comme une citation sténographique certifiée.
En revanche, son intervention a accordé une place importante à la formation professionnelle, scientifique et technologique.
Il a présenté la jeunesse comme la principale richesse économique du pays et a plaidé pour une main-d’œuvre capable :
- de dépasser les emplois de pauvreté;
- de maîtriser les technologies de l’information;
- d’utiliser l’intelligence artificielle;
- de développer l’agriculture moderne;
- d’acquérir des compétences en électronique;
- de participer à l’industrialisation;
- de maîtriser les métiers techniques.
*8. Discussion critique de la position linguistique*
La crainte de l’isolement linguistique soulève une question légitime : Haïti doit préparer ses citoyens à communiquer, à étudier, à commercer et à coopérer au-delà de ses frontières.
Mais cette nécessité ne conduit pas logiquement à écarter le créole de l’enseignement. Elle conduit à la mise en place d’un enseignement multilingue efficace.
La Constitution haïtienne reconnaît le créole et le français comme langues officielles et affirme que le créole est la langue qui unit tous les Haïtiens.
Par ailleurs, l’UNESCO souligne que l’enseignement fondé sur la langue première améliore :
- l’accès à l’éducation;
- la compréhension;
- la participation en classe;
- la rétention scolaire;
- l’acquisition ultérieure d’autres langues.
Enseigner en créole ne signifie donc pas enfermer l’élève dans une seule langue. Cela peut lui donner une base cognitive solide pour apprendre ensuite le français, l’anglais et l’espagnol.
L’argument selon lequel le créole couperait Haïti du monde confond la langue d’apprentissage avec la langue unique.
Un système éducatif peut utiliser le créole pour expliquer les mathématiques, les sciences, le droit et les métiers, tout en organisant un enseignement exigeant en langues étrangères.
Plusieurs sociétés de petite taille utilisent leur langue nationale à l’école sans renoncer aux échanges internationaux.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre le créole et l’ouverture. Il faut éviter deux formes d’exclusion :
1. Une école presque inaccessible à l’enfant lorsqu’elle lui enseigne des notions complexes dans une langue qu’il ne maîtrise pas suffisamment;
2. Une école qui ne lui donnerait aucune compétence linguistique internationale.
La réponse adaptée est un bilinguisme ou un multilinguisme progressif, évalué et doté de ressources.
*9. Le créole et la formation professionnelle comme outils de prévention*
La formation professionnelle ne produit ses effets que si l’apprenant comprend réellement les consignes, les principes techniques et les règles de sécurité.
Dans de nombreux contextes haïtiens, le créole est la langue la plus immédiatement comprise. Des manuels, des démonstrations, des évaluations et des contenus numériques en créole peuvent donc :
- réduire l’échec;
- améliorer la maîtrise technique;
- faciliter la compréhension des consignes de sécurité;
- rendre les formations accessibles aux jeunes exclus du parcours académique classique.
Une stratégie nationale pourrait associer :
- le créole pour l’acquisition initiale des connaissances et des compétences;
- le français pour la mobilité dans l’administration et l’espace francophone;
- l’anglais pour certaines technologies et certains marchés;
- l’espagnol pour les relations régionales.
Le choix des langues doit dépendre des objectifs pédagogiques et professionnels, et non d’une hiérarchie sociale entre les citoyens.
Dans la prévention de la violence, cette articulation peut produire une chaîne concrète :
1. Une meilleure compréhension scolaire;
2. Le maintien des jeunes à l’école;
3. L’obtention d’une certification professionnelle;
4. L’accès à un revenu légal;
5. Une participation communautaire accrue;
6. Une diminution de la vulnérabilité au recrutement par les groupes armés.
Aucun de ces effets n’est automatique. Ils exigent des programmes de qualité, un accompagnement social, des débouchés économiques et une évaluation indépendante.
*10. La jeunesse comme levier économique*
Clarens Renois a présenté la jeunesse comme la plus grande richesse d’Haïti, mais aussi comme une possible « bombe sociale » si elle reste sans formation, sans travail et sans horizon.
Cette idée rejoint l’exigence d’un plan qui transforme la démographie en capital humain.
Les priorités devraient inclure :
- des centres régionaux de formation;
- l’apprentissage en entreprise;
- la certification des compétences;
- le soutien aux coopératives;
- l’accès au crédit productif;
- l’agriculture technologique;
- la construction;
- les énergies renouvelables;
- la santé;
- l’économie numérique;
- la maintenance industrielle.
Les programmes doivent être articulés avec une cartographie des besoins réels. Sans cette correspondance, la formation risque de produire des diplômés sans débouchés.
La diaspora peut contribuer par :
- le mentorat;
- la formation à distance;
- l’investissement;
- le transfert de technologie;
- la création de partenariats;
- l’accompagnement professionnel des jeunes.
Cette contribution doit être intégrée aux institutions nationales et aux priorités locales plutôt que dispersée dans une succession de projets isolés.
*11. Dialogue national, Constitution et diaspora*
La conférence a également abordé la nécessité d’un dialogue national qui ne soit pas réservé aux élites administratives, politiques ou universitaires.
Les paysans, les jeunes des quartiers populaires, les femmes, les travailleurs, les personnes handicapées, les collectivités territoriales et la diaspora doivent pouvoir faire entendre leurs expériences et leurs propositions.
Clarens Renois s’est montré favorable à une réflexion sur la représentation politique de la diaspora et à une révision de certaines dispositions constitutionnelles, à condition qu’elle repose sur un consensus national plutôt que sur les intérêts d’un clan.
Une réforme constitutionnelle ne doit pas devenir un raccourci politique de circonstance. Elle exige :
- la publication préalable des changements envisagés;
- une justification article par article;
- une procédure conforme au droit;
- un débat accessible dans les langues comprises par la population;
- une véritable participation citoyenne;
- un contrôle indépendant du processus.
Sur les questions de propriété, de nationalité, de résidence et de participation de la diaspora, le débat doit rechercher un équilibre entre :
- l’ouverture économique;
- la souveraineté nationale;
- la prévention de la concentration foncière;
- l’égalité politique;
- la participation de tous les citoyens qualifiés.
Les règles doivent être claires, prévisibles et applicables à tous.
*12. Une feuille de route pour les deux à cinq prochaines années*
À partir des interventions de la conférence et de l’analyse qui précèdent, une feuille de route cohérente peut être élaborée autour de huit engagements.
*Premier engagement : rétablir le contrôle public des territoires*
Il faut reprendre le contrôle des territoires prioritaires au moyen d’unités professionnelles, d’un renseignement placé sous contrôle légal et d’une protection renforcée :
- des infrastructures;
- des écoles;
- des hôpitaux;
- des ports;
- des routes;
- des axes de transport;
- des zones économiques stratégiques.
*Deuxième engagement : réhabiliter la chaîne pénale*
Il faut renforcer :
- la police judiciaire;
- le parquet;
- les tribunaux;
- l’administration pénitentiaire;
- la protection des témoins;
- les mécanismes chargés de combattre le financement criminel.
Chaque arrestation doit pouvoir conduire soit à une mise en accusation fondée, soit à une libération rapide.
*Troisième engagement : créer un programme national de prévention*
Ce programme doit cibler les enfants et les jeunes vivant dans les zones les plus exposées.
Il doit comprendre :
- le retour à l’école;
- les repas scolaires;
- la santé mentale;
- les activités sportives;
- les activités culturelles;
- le mentorat;
- la formation;
- la protection contre le recrutement armé.
*Quatrième engagement : régionaliser la formation professionnelle*
Haïti doit créer un système de formation professionnelle adapté aux besoins économiques de chaque région.
Cette formation doit être dispensée selon une approche multilingue fondée sur une compréhension réelle des besoins des apprenants.
*Cinquième engagement : soutenir la production nationale*
Il faut soutenir :
- les petites entreprises;
- l’agriculture;
- la transformation des produits;
- les coopératives;
- l’économie numérique;
- les métiers techniques;
- les infrastructures nécessaires à la création d’emplois.
*Sixième engagement : organiser un dialogue national inclusif*
Ce dialogue doit disposer :
- d’une méthode publique;
- d’un calendrier précis;
- de comptes rendus accessibles;
- d’une représentation équilibrée;
- d’un mécanisme permettant de transformer les accords en décisions.
*Septième engagement : instituer une reddition de comptes trimestrielle*
Le gouvernement devrait publier régulièrement des résultats portant sur :
- la sécurité;
- la justice;
- l’école;
- l’emploi;
- les services essentiels;
- les dépenses publiques;
- les progrès territoriaux.
*Huitième engagement : préserver l’État de droit*
Une politique ferme n’est durable que si elle interdit :
- la torture;
- les disparitions;
- les arrestations arbitraires;
- la vengeance politique;
- la justice d’exception;
- l’utilisation partisane des institutions de sécurité.
*Conclusion*
La contribution la plus forte de Clarens Renois à ce débat est son refus de réduire la sécurité à la force et son insistance sur les institutions, la justice et les causes sociales de la violence.
Son analyse invite Haïti à étudier les expériences étrangères sans importer un autoritarisme incompatible avec son histoire et ses droits fondamentaux.
La discussion avec Wilsonn Telimo Lwi révèle toutefois un désaccord important quant à la langue d’enseignement.
La nécessité d’une ouverture internationale est incontestable, mais elle ne justifie pas de marginaliser le créole. La recherche disponible appuie plutôt une éducation multilingue dans laquelle l’enfant apprend les contenus dans une langue qu’il comprend, tout en acquérant progressivement les langues nécessaires à la mobilité internationale.
Le véritable choix n’oppose donc pas :
- la sécurité et les droits;
- le créole et l’ouverture;
- l’autorité et la participation;
- la répression et la prévention.
Le défi consiste à construire un État capable d’agir sans devenir arbitraire, une école capable d’inclure sans isoler et une économie capable de transformer la jeunesse en force de production et de citoyenneté.
Pour les deux à cinq prochaines années, Haïti a besoin d’objectifs limités mais vérifiables, d’institutions responsables, de décisions fondées sur les preuves et d’un pacte public permettant à la population de suivre les progrès.
La sortie de crise ne viendra ni d’un sauveur ni d’une formule importée. Elle dépendra d’un travail national coordonné, légal, inclusif et persévérant.
*Note méthodologique*
Cet article est fondé sur la transcription fournie de la conférence et sur les précisions de Wilsonn Telimo Lwi concernant les réponses qui lui ont été adressées.
Les passages présentés comme des synthèses ne doivent pas être assimilés à des citations verbatim.
Pour une édition académique définitive, l’enregistrement audiovisuel original devrait être conservé, horodaté et confronté à une transcription révisée par les intervenants.
*Références*
- Constitution de la République d’Haïti de 1987, amendée en 2012, notamment les dispositions relatives aux langues officielles, à l’éducation et aux institutions publiques.
- Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. *El Salvador State of Emergency*. Notes et communiqués sur l’état d’exception, les détentions et les garanties du procès équitable, 2023.
- UNESCO. *Multilingual Education: A Key to Quality and Inclusive Learning*. Ressources sur l’enseignement fondé sur la langue première et l’apprentissage multilingue.
- Banque mondiale. Documents de programme et de recherche relatifs à l’éducation, à la formation professionnelle et à la jeunesse en Haïti.
- Transcription de la conférence du Mouvement de l’Amour pour Haïti, « Quel plan pour diriger Haïti dans les deux à cinq prochaines années? », 5 octobre 2026.







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