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De l’indignation à l’action : le rôle de la jeunesse de la diaspora pour Haïti

il y a 3 jours
5 min de lecture

Bonsoir à toutes et à tous.

Je remercie le CEHAH pour cette invitation, Mme Kettly Excellent pour l’animation de cette émission et M. Alix Bellegarde, avec qui j’ai le plaisir de participer à cette discussion.


Mwen te prezante sijè-a an fransè sèlman paske depi lè òganizatè-a t ap envite m lan, mwen te di l fè depliyan an kreyòl paske kreyòl gen mo ki pou ekri tout envitasyon. Men li te inyore demann mwen-an. Alò, m te moutre l m adapte m nan lang depliyan fèt la.


Mesaj la se sispann fè depliyan aktivite yo nan lang etranje epi apre sa pou nou fè aktivite yo an kreyòl.


Je m’appelle Wilsonn Telimo Lwi. Je suis juriste, éducateur, auteur et militant communautaire. Je suis également titulaire d’une maîtrise en service public, président d’ITIYAyiti et défenseur de l’enseignement et de la communication en créole haïtien.


Le thème de notre rencontre est particulièrement important : « De l’indignation à l’action : le rôle de la jeunesse de la diaspora pour Haïti. »


L’indignation est légitime, mais elle ne suffit pas


Nous avons de nombreuses raisons d’être indignés.


Nous sommes indignés par l’insécurité, l’effondrement des institutions, la corruption, le chômage, la pauvreté, le déplacement des familles et l’absence de perspectives pour une grande partie de la jeunesse.


Nous sommes indignés lorsque nous voyons des enfants privés d’éducation, des professionnels obligés de quitter le pays et des familles incapables de vivre normalement dans leurs propres communautés.


Cette indignation est légitime. Elle démontre que nous ne sommes pas indifférents. Mais si elle ne conduit pas à une organisation, à une stratégie et à des actions mesurables, elle finit par devenir une répétition de colère sans résultat.


Nous devons donc nous poser une question simple : après avoir dénoncé, que faisons-nous?


La diaspora est une composante de la nation


La diaspora ne doit pas être considérée uniquement comme une source de transferts financiers. Elle constitue une force humaine, intellectuelle, professionnelle, économique et diplomatique.


Les jeunes Haïtiens vivant à l’étranger étudient, travaillent et acquièrent des compétences dans plusieurs domaines : le droit, l’éducation, la santé, la technologie, l’administration publique, l’entrepreneuriat, la construction et la communication.


Ces connaissances doivent pouvoir contribuer au développement d’Haïti.


Vivre à l’étranger ne signifie pas aimer Haïti moins profondément. Le patriotisme ne se mesure pas uniquement au lieu de résidence. Il se mesure aussi à l’intégrité, à l’engagement, aux sacrifices consentis et aux services rendus au peuple.


Cependant, la diaspora ne doit pas prétendre imposer des solutions à ceux qui vivent quotidiennement les réalités du pays. Elle doit travailler *KÒTAKÒT* avec les communautés locales, en les écoutant et en respectant leurs priorités.


Passer des initiatives individuelles à une force organisée


La jeunesse de la diaspora réalise déjà beaucoup d’activités. Elle envoie de l’argent, finance les études de proches, organise des collectes et intervient après les catastrophes.


Ces actions sont importantes, mais elles restent souvent dispersées.


Nous devons passer de l’assistance ponctuelle à la construction d’institutions durables. Nous devons créer des réseaux dans lesquels chaque personne apporte une compétence particulière et accepte de rendre compte des résultats obtenus.


Notre capacité d’action devient plus forte lorsque nous transformons :


- les transferts individuels en investissements communautaires organisés;

- les compétences personnelles en programmes de mentorat;

- les dénonciations en propositions politiques;

- les associations isolées en réseaux de coopération;

- les conférences en plans d’action assortis de responsabilités et d’échéances.


Cinq domaines d’action


Je propose cinq domaines dans lesquels la jeunesse de la diaspora peut agir concrètement.


Premièrement : l’éducation.

Nous pouvons financer des bibliothèques, soutenir la formation professionnelle, développer des cours en ligne et défendre l’utilisation du créole comme langue d’apprentissage. Un enfant comprend et apprend mieux lorsqu’on lui enseigne dans une langue qu’il maîtrise.


Deuxièmement : le mentorat.

Chaque professionnel de la diaspora pourrait accompagner au moins un jeune en Haïti. Cet accompagnement peut concerner les études, l’entrepreneuriat, la recherche d’emploi ou la préparation à une profession.


Troisièmement : le développement économique.

Nous devons encourager les coopératives, les petites entreprises, l’agriculture, les technologies et les projets créateurs d’emplois. L’aide d’urgence est parfois nécessaire, mais elle ne remplacera jamais une économie capable de produire de la richesse.


Quatrièmement : la participation civique et politique.

La jeunesse doit s’informer, examiner les programmes, demander des comptes aux responsables et participer aux débats sur les institutions, la Constitution, les élections et la place de la diaspora.


Cinquièmement : la transparence.

Chaque organisation qui collecte de l’argent ou affirme agir pour Haïti doit publier ses objectifs, ses dépenses et ses résultats. La confiance ne se réclame pas; elle se construit par la transparence.


Notre droit de participer doit être débattu


La diaspora contribue fortement à la vie nationale, mais elle rencontre encore des restrictions importantes en matière de représentation et de participation politique.


Nous devons ouvrir un débat national sérieux sur la double nationalité, les conditions de résidence, la représentation de la diaspora et le droit de tous les citoyens qualifiés à servir leur pays.


Je ne dis pas que le droit de se porter candidat doit être sans limites. L’État doit protéger son indépendance et l’intégrité de ses institutions. Toutefois, les restrictions doivent être claires, légitimes, objectives, proportionnées et appliquées de la même manière à tous.


La loi ne doit pas devenir une arme permettant à un petit groupe d’écarter arbitrairement des citoyens compétents.


Une méthode pour passer à l’action


Après cette émission, nous ne devons pas seulement dire que nous avons eu une bonne discussion.


Nous devons pouvoir identifier :


- un objectif précis;

- une équipe responsable;

- un calendrier;

- les ressources nécessaires;

- un résultat mesurable;

- une date pour évaluer le travail accompli.


Je propose notamment la création d’un réseau de jeunes professionnels de la diaspora et d’Haïti. Ce réseau pourrait mettre les compétences de ses membres au service de projets concrets dans l’éducation, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et la participation civique.


Chaque membre devrait pouvoir dire : voici ma compétence, voici le temps que je peux consacrer et voici l’action à laquelle je m’engage.


Conclusion


Haïti n’a pas seulement besoin de notre colère. Elle a besoin de notre discipline, de nos compétences, de notre capacité à travailler ensemble et de notre persévérance.


Nous ne devons pas attendre l’arrivée d’un sauveur. Nous devons construire des institutions, former une nouvelle génération de responsables et soutenir des projets qui produisent des résultats vérifiables.


Passer de l’indignation à l’action signifie remplacer la question « Qui va sauver Haïti? » par une autre question :


« Quelle responsabilité suis-je prêt à assumer pour contribuer à son redressement? »


Mwen envite tout jèn Ayisyen, kit yo ann Ayiti, kit yo nan dyaspora a, pou yo mete konpetans yo, eksperyans yo ak angajman yo ansanm.


Se KÒTAKÒT nou kapab pase soti nan endiyasyon pou rive nan aksyon.


Je vous remercie.


*Wilsonn Telimo Lwi*

Président d’ITIYAyiti

KÒTAKÒT pour une Haïti autonome

 
 
 

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