LA STRATĂGIE DOMINICAINE đ©đŽ DE DĂSTABILISATION DâHAĂTI đđč(2010â2025)
- Wilsonn Telimo Lwi

- 16 oct. 2025
- 7 min de lecture
LA STRATĂGIE DOMINICAINE đ©đŽ DE DĂSTABILISATION DâHAĂTI đđč(2010â2025)
I. La guerre invisible : Haïti, République occupée par procuration
Depuis plus de quinze ans, HaĂŻti ne vit pas une crise â elle subit une opĂ©ration de neutralisation planifiĂ©e. Ce nâest pas une guerre de balles, câest une guerre dâinstitutions. Une guerre propre, silencieuse, Ă©conomique, politique, et diplomatiquement maquillĂ©e. Une guerre oĂč les armes sont les programmes, les lois Ă©conomiques, les ONG, et les Ă©lites complices.
DerriĂšre les gangs et les dĂ©combres se cache une stratĂ©gie dâingĂ©nierie gĂ©opolitique : affaiblir HaĂŻti pour mieux lâintĂ©grer, sous tutelle Ă©conomique dominicaine et occidentale, dans une zone de production Ă bas salaires et de consommation dĂ©pendante.
Le chaos apparent â gangs, misĂšre, paralysie â nâest pas une consĂ©quence : câest un modĂšle dâaffaires.
Cette stratĂ©gie, initiĂ©e dans le contexte du programme HOPE/HELP (2006â2010) et de la reconstruction post-sĂ©isme sous la supervision du Clinton Global Initiative / IHRC, a Ă©tĂ© consolidĂ©e par une alliance implicite entre trois blocs dâintĂ©rĂȘts :
1. Le capital amĂ©ricain, sous le masque du âdĂ©veloppementâ, via la BID, la Banque mondiale et lâUSAID ;
2. Le secteur privĂ© dominicain, structurĂ© autour dâune Ă©conomie dâexportation et de sous-traitance ;
3. La bourgeoisie haĂŻtienne comprador, dont les profits dĂ©pendent de lâimportation, de la contrebande et du dĂ©sordre.
Le rĂ©sultat : une HaĂŻti volontairement maintenue dans un Ă©tat de dĂ©pendance, de fragmentation politique et de prĂ©caritĂ© structurelle â condition nĂ©cessaire Ă lâexploitation maximale de sa main-dâĆuvre, Ă la neutralisation de sa souverainetĂ© Ă©conomique, et Ă la justification dâune future âunion Ă©conomique de faitâ sous contrĂŽle dominicain.
HaĂŻti nâest donc pas seulement ruinĂ©e : elle est tenue en laisse. RĂ©publique sous-traitĂ©e, marchĂ© captif, peuple prisonnier dâune guerre Ă©conomique sans fin.
Le projet?
Transformer notre indépendance en simple souvenir symbolique.
II. De HOPE Ă lâhumiliation : quand la reconstruction devint recolonisation
La loi HOPE (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement Act), un cheval de Troie Ă©conomique, votĂ©e en 2006, qui devait revitaliser le secteur textile haĂŻtien, crĂ©er 70 000 emplois et rĂ©intĂ©grer HaĂŻti dans le commerce international. Mais lâhistoire retiendra que ce fut le plus grand piĂšge Ă©conomique du XXIe siĂšcle pour HaĂŻti.
RĂ©alitĂ© : 500 investisseurs Ă©trangers, dominicains et amĂ©ricains, sâappropriant le marchĂ©, pendant que les entrepreneurs haĂŻtiens Ă©taient tenus Ă distance.
JoĂ«l Deeb lâavait prĂ©dit : âLe gĂąteau de la relance sera mangĂ© sans les HaĂŻtiens.â Et câest ce qui sâest produit.
Lâindustrie textile haĂŻtienne nâa pas Ă©tĂ© ressuscitĂ©e, elle a Ă©tĂ© mise sous tutelle. La main-dâĆuvre haĂŻtienne est devenue lâarme de la pauvretĂ© organisĂ©e.
Les Chambres de commerce locales? Figurantes dans une piÚce écrite ailleurs.
Les institutions internationales? Les vĂ©ritables architectes dâun nouveau servage industriel.
La BID (Luis Alberto Moreno) et des firmes dominicaines se sont positionnĂ©es comme bĂ©nĂ©ficiaires de la main-dâĆuvre haĂŻtienne bon marchĂ©, tandis que les Chambres de commerce haĂŻtiennes, dĂ©sorganisĂ©es, se sont retrouvĂ©es relĂ©guĂ©es au rang de figurantes. Les avantages tarifaires amĂ©ricains se sont transformĂ©s en plateforme dâexploitation, non de reconstruction.
Puis vint 2010, et le sĂ©isme servit de prĂ©texte Ă la mise sous contrĂŽle totale du pays. Sous le drapeau de la compassion, Bill et Hillary Clinton transformĂšrent la reconstruction en marchĂ©. Leur Commission (IHRC) fut le laboratoire dâune recolonisation technocratique : Caracol, les permis miniers, les zones franches, les contrats exclusifsâŠ
Tout au profit dâinvestisseurs Ă©trangers, rien pour la souverainetĂ© nationale. HaĂŻti fut reconstruite, mais pas pour les HaĂŻtiens.
Autrement dit : La politique amĂ©ricaine visait Ă transformer HaĂŻti en plateforme dâassemblage sous contrĂŽle logistique dominicain, neutralisant la possibilitĂ© dâun dĂ©veloppement endogĂšne.
III. La stratĂ©gie dominicaine : affaiblir HaĂŻti pour contrĂŽler le marchĂ© et la main-dâĆuvre
La RĂ©publique dominicaine ne veut pas envahir HaĂŻti. Elle veut la maintenir en coma Ă©conomique contrĂŽlĂ©. Un voisin faible, fragmentĂ©, affamĂ© â parfait pour fournir de la main-dâĆuvre, absorber les produits dominicains, et justifier une posture de âstabilitĂ©â aux yeux de Washington.
La RĂ©publique dominicaine applique une stratĂ©gie inspirĂ©e du modĂšle israĂ©lo-palestinien : tolĂ©rer et instrumentaliser lâinstabilitĂ© chez le voisin pour maintenir un Ă©quilibre gĂ©opolitique favorable.
1. Main-dâĆuvre Ă bas coĂ»t : les flux migratoires haĂŻtiens assurent Ă la RD un rĂ©servoir de travailleurs prĂ©caires, privĂ©s de droits et remplaçables.
2. Captation du marchĂ© haĂŻtien : 80 % des produits de consommation en HaĂŻti proviennent de la RD, dont une large part de âjunk foodâ et de produits agricoles subventionnĂ©s.
3. Influence politique : les principaux partis et mĂ©dias haĂŻtiens reçoivent, directement ou par intermĂ©diation, des financements dâacteurs Ă©conomiques liĂ©s Ă la RD.
4. Souveraineté neutralisée : le systÚme judiciaire, les douanes et une partie du Parlement haïtien sont infiltrés par des agents économiques à double loyauté.
Les Mécanismes de la stratégie
a. Tolérance frontaliÚre sélective :
Les autorités dominicaines ferment la frontiÚre aux produits haïtiens légaux, mais laissent circuler armes, denrées, carburant et contrebande destinés aux gangs. Cela alimente simultanément le chaos et la dépendance.
b. Financement indirect des groupes armés :
Les transferts de fonds transitant par la RD (commerçants, transporteurs, changeurs) servent souvent de canaux dâacheminement de ressources vers les chefs de gangs, sous couvert de commerce transfrontalier.
c. Expansion économique par intégration forcée :
Les zones franches et projets miniers en HaĂŻti sont adossĂ©s Ă des infrastructures dominicaines, faisant de lâĂ©conomie haĂŻtienne une simple pĂ©riphĂ©rie dâexportation.
Lâexemple du Parc Caracol est emblĂ©matique : financĂ© par les Ătats-Unis, gĂ©rĂ© par Sae-A Trading (CorĂ©e du Sud), approvisionnĂ© via Santo Domingo, il bĂ©nĂ©ficie trĂšs peu aux communautĂ©s locales.
d. Couverture diplomatique :
La RD se positionne comme âbastion de stabilitĂ©â face au chaos haĂŻtien, justifiant son expansion Ă©conomique et son militarisme frontalier. Ce discours sĂ©duit Washington et renforce lâimage dâHaĂŻti comme âĂtat failliâ nĂ©cessitant tutelle.
Inutile de dire, la RD se prĂ©sente comme âvictimeâ du chaos haĂŻtien, alors quâelle lâalimente. HaĂŻti ne contrĂŽle plus son Ă©conomie, ni sa frontiĂšre, ni mĂȘme sa violence. Elle loue sa misĂšre Ă ses bourreaux.
IV. Lâennemi de lâintĂ©rieur : la bourgeoisie compradore
Pendant que la RĂ©publique dominicaine affĂ»tait ses stratĂ©gies, une partie de nos Ă©lites sâagenouillait. Elles ne sont plus haĂŻtiennes â elles sont franchisĂ©es. Elles importent les produits dominicains, les idĂ©es dominicaines, les fonds amĂ©ricains, et exportent la misĂšre. Elles financent les politiciens comme on achĂšte des chiens de garde. Elles possĂšdent les mĂ©dias, les tribunaux, les douanes. Elles contrĂŽlent le chaos pour protĂ©ger leurs marges.
Les MRE â morally repugnant elite â sont devenus les intendants de notre captivitĂ©. Ils gĂšrent la dĂ©pendance comme une rente, et vendent lâĂtat morceau par morceau.
Ce sont eux, les courtiers du nĂ©ocolonialisme. Ce sont eux, les instruments de la RĂ©publique dominicaine et de Washington. Ils nâont pas de patrie â seulement des comptes en banque.
V. Objectif final : détruire la souveraineté haïtienne par le chaos
LâinstabilitĂ© est devenue doctrine. Chaque crise politique est un outil. Chaque gang est un sous-traitant de la stratĂ©gie rĂ©gionale. Chaque ONG est une antenne de contrĂŽle social.
Pourquoi?
Parce quâun Ătat haĂŻtien fort, stable et souverain serait :
1. Un concurrent industriel direct de la République dominicaine ;
2. Un symbole noir de libération dans un ordre mondial encore colonial ;
3. Une menace idéologique pour ceux qui veulent maintenir les peuples du Sud dans la dépendance.
Câest pourquoi la stratĂ©gie dominante vise Ă maintenir un seuil permanent dâinstabilitĂ© fonctionnelle, suffisant pour empĂȘcher la refondation dâun Ătat fort, justifier les interventions Ă©trangĂšres et les missions âtechniquesâ de supervision, et contrĂŽler le narratif international (HaĂŻti = chaos, RD = modĂšle de rĂ©ussite).
Autrement dit : PrĂ©server le chaos, câest Ă©viter la souverainetĂ©. Et câest exactement ce que font ceux qui prĂ©tendent âaider HaĂŻtiâ.
VI. Appel à la résistance intellectuelle et politique : le temps de la désobéissance nationale
Peuple haĂŻtien, il faut ouvrir les yeux. Ta misĂšre nâest pas un accident, câest un outil. Ta faim nâest pas une tragĂ©die, câest une stratĂ©gie. Ta colĂšre est lĂ©gitime mais elle doit devenir lucide.
Chaque pĂ©nurie, chaque flambĂ©e de violence, chaque dĂ©cret âtechniqueâ imposĂ© par lâextĂ©rieur participe Ă une mĂȘme architecture : celle dâun asservissement Ă©conomique et gĂ©opolitique planifiĂ©.
Nous devons exiger :
1. Une enquĂȘte internationale indĂ©pendante sur les liens Ă©conomiques entre la RD, certains acteurs haĂŻtiens et les groupes armĂ©s ;
2. La publication intégrale des contrats HOPE, HELP, Caracol, IHRC, et des permis miniers post-2010 ;
3. Exiger du DĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain et de la BID la transparence complĂšte sur les bĂ©nĂ©ficiaires rĂ©els des fonds post-2010
4. Une rupture diplomatique conditionnelle jusquâĂ la fin du financement indirect des gangs par la RD ;
5. Imposer une doctrine nationale de souverainetĂ© Ă©conomique, visant Ă reconstruire le secteur productif haĂŻtien en dehors de lâĂ©conomie de dĂ©pendance dominicaine. Câest-Ă -dire, rĂ©industrialiser, produire, protĂ©ger, et contrĂŽler.
Lâheure nâest plus au commentaire. Lâheure est Ă la dĂ©sobĂ©issance nationale. Car un peuple qui comprend son asservissement devient ingouvernable.
HaĂŻti nâa pas besoin de sauveurs. Elle a besoin de conscience. Et cette conscience, câest toi, câest moi, câest nous â la gĂ©nĂ©ration qui ne pliera plus.
Jeunesse dâHaĂŻti â Ă©tudiantes, Ă©tudiants, universitaires, jeunes des classes dominantes, moyennes et dĂ©favorisĂ©es : ceci vous concerne directement. Lâavenir industriel, Ă©conomique et politique de notre pays dĂ©pend de votre luciditĂ©, de votre courage et de votre mobilisation organisĂ©e.
Si vous ĂȘtes jeune, formé·e, conscient·e : pourquoi rester spectateur·rice?
Voici pourquoi vous devez me rejoindre et comment agir dĂšs maintenant.
Pourquoi vous?
1. Vous ĂȘtes la force critique la plus crĂ©dible. Vos savoirs, compĂ©tences et rĂ©seaux (universitĂ©s, ONG, diaspora) peuvent dĂ©verrouiller informations, preuves et stratĂ©gie.
2. Vous avez la légitimité morale : vous vivez la précarité et en comprenez les mécanismes ; vous pouvez traduire la colÚre en projet.
3. Vous ĂȘtes mobiles, crĂ©atifs·ves, bilingues, connectĂ©s·es â exactement ce quâil faut pour construire alternatives concrĂštes.
Non Ă lâimprovisation, oui Ă lâorganisation.
La dĂ©sillusion nâest pas une excuse pour la passivitĂ©. Notre force rĂ©side dans la structure : Ă©quipes de recherche, cellule mĂ©dia, cellule juridique, cellule logistique. Chacune doit avoir un pilote, un calendrier et un livrable mesurable.
En résumé, pourquoi maintenant?
Lâexpiration (2025) de HOPE/HELP est un moment de rupture. On peut subir la crise (plus de chĂŽmage, plus de misĂšre) ou orienter la rupture vers la souverainetĂ© : audits, rĂ©vĂ©lations, projets productifs, alliances internationales critiques.
La jeunesse Ă©duquĂ©e est la clĂ©. Sans vous, la mĂ©moire continue dâĂȘtre réécrite par dâautres. Avec vous, HaĂŻti peut reprendre la plume.
Si vous ĂȘtes prĂȘt·e·s Ă agir : Ă©crivez-moi maintenant.
Ne laissez pas les promesses mortes dĂ©finir notre destin. Le futur se construit â pas se subit. Soyez celle·celui qui transforme la colĂšre en projet, la connaissance en pouvoir.
Kervens Louissaint, un nom Ă retenir.







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